Professeur DOH Ananivi était le quatrième enfant d’une fratrie de 18 enfants. Il naquit en pleine deuxième guerre mondiale à Amou-Oblo dans l’Akposso de l’union de Steven Kokou DOH cultivateur de café et cacao et Abra Félicia GBEVE femme au foyer. Le jour de sa naissance, son père écrivit : « egbe dzoda sronye Abra dzi vi nutsuvi ndi ga adre. Me na nukoe be Anani Kodzo » (Ce lundi mon épouse Abra a mis au monde un fils. Je lui ai donné le nom de Anani Kodzo).
Son grand-père maternel GBEVE Jacob, un des premiers presbytres de l’EEPT investis par les Allemands à Badja, souhaitait que son petit-fils Ananivi serve Dieu en tant que catéchiste ou pasteur. Il lui donnera le nom de James (Jacob). A l’époque, pour devenir serviteur de l’Eglise, il fallait d’abord apprendre à lire et écrire l’éwé, puis le français à l’Ecole primaire avant d’entrer au séminaire.
C’est ainsi que pour aller à l’école Professeur DOH Ananivi quitta la ferme de son père à Atagbankou pour venir à Patatoukou où il fréquenta l’école éwé pendant deux ans, puis les classes de CP1 et CP2 qu’il fera en 1949-1950. Il lui fallut ensuite aller à Amou-Oblo pour continuer avec le CE1.
Ne pouvant effectuer à pied tous les jours les 5 km séparant Patatoukou d’Amou-Oblo, il a été confié à une dame célibataire du nom d’Abratcho, qui plus tard se mariera avec M. ANIFRANI Godwin. James restera avec ce dernier et sa nouvelle famille après le divorce du couple.
Après le CE2 James est parti vivre avec son oncle Ben Tordjro, qui était chauffeur à Kpalimé. Ayant eu du mal à s’adapter à cet environnement il est revenu à Patatoukou avant de partir à Lomé pour faire le CM1 à l’Ecole Evangélique de Hanoukopé. Son oncle GBEVE Emmanuel, qui était gendarme, est venu le chercher à vélo. Arrivé sur la colline il lui a dit : ‘James Loamé ma dada’ (James voilà Lomé au loin).
A la fin de cette année scolaire, James a dû quitter Lomé pour s’installer chez un cousin à Kovié pour faire le CM2 à l’école de Mission-Tové dirigée à l’époque par Monsieur Attigan Christian. La cohabitation avec le cousin ne fut pas très concluante et il ne tarda pas à se prendre complètement en charge.
Livré à lui-même il allait à l’école en semaine et les jours de marché il travaillait comme apprenti chauffeur pour Monsieur Eklu Gabo. Ce dernier possédait un bus de transport de marchandises qui faisait le trajet Kovié-Noepé-Dzodze. James travaillait également comme meunier dans le moulin de ce même patron.
M. Eklu Gabo avait constaté que les recettes étaient plus importantes lorsque James tenait la caisse du moulin. Il lui proposa donc un emploi à plein temps. C’est ainsi qu’après avoir passé le concours d’entrée en sixième au mois d’avril, James abandonna les études pour se consacrer au métier de meunier.
A la fin de cette année scolaire, lorsque les autres passaient le Certificat d’Etudes Primaires Elémentaires, le jeune James travaillait comme meunier, portefaix et apprenti chauffeur. Il repartira chez son père à Patatoukou pendant les vacances scolaires.
A cause de l’instabilité due à tous ces déménagements, et l’abandon de ses études le torchon ne tarda pas à brûler entre le père et le fils. Il faudra attendre la proclamation des résultats du concours d’entrée en sixième et l’intervention du catéchiste de Patatoukou, Doh Goka, pour réconcilier le père et le fils. En effet, cette année, de tout Mission-Tové, Assomé et Kovié, Professeur DOH Ananivi a été le seul à être admis au concours d’entrée en sixième.
Il obtint une bourse et commença la sixième au Collège-Protestant de Lomé-Tokoin. Il y fera ses études de la 6e en 3ème à en tant qu’interne. Il passera l’examen du CEPE et l’obtiendra seulement en classe de 6è.
Professeur DOH Ananivi réussit brillamment le BEPC en 1959 ; il fut deuxième du Collège-Protestant, onzième du Togo. Cette même année il entra au Collège Moderne de Sokodé qui dépendait de l’Académie de Bordeaux en France.
Il y obtint en 1963 le Baccalauréat Français en Sciences Expérimentales. Cette année 1963 de tout le Togo, seuls quatre candidats furent admis d’emblée au Baccalauréat de l’Académie de Bordeaux. Tous étaient élèves au Collège Moderne de Sokodé. Il s’agissait de feux Adolphe NANAN, Alexis LOOKY, xxxx et Professeur DOH Ananivi.
Ayant perdu mystérieusement la bourse française qui devait lui permettre de faire des études de médecine, après avoir décliné la bourse américaine, il acceptera une bourse du gouvernement Togolais pour poursuivre des études de Biochimie en France. Ceci contre un engagement décennal à revenir travailler pour son pays.
Il s’envola donc pour la France en 1963 où il poursuivit ses études à Montpellier, puis Dijon. Après un DEA de Biochimie appliquée à l’Alimentation, un DEA de Biologie appliquée à la Nutrition et un Doctorat de 3ème cycle en Biochimie appliquée à la Nutrition et à l’Alimentation à l’Université de Dijon. Il revint aussitôt au Togo et intégra l’administration le 5 novembre 1970. En 1979 il retournera à Dijon pour son doctorat d’Etat ès sciences.
Professeur DOH Ananivi a exercé avec passion son métier de professeur de Biochimie-Nutrition. Ses pairs le décrivent comme étant le père de la Biochimie au Togo.
Selon ses propres termes, de 1970 à 2015, il a « formé des générations de professeurs de CEG, lycées, des médecins, des agents de santé, des agents de développement rural en formation intégrée en expertise alimentaire ».
Il commença sa carrière à Université du Bénin (aujourd’hui Université de Lomé) d’abord comme Maître assistant en Biochimie. Il sera inscrit sur la liste d’aptitude du CAMES aux fonctions de Maître de conférences en 1985.
Ses domaines d’expertise sont la biochimie et la nutrition protidique avec des travaux notoires sur la nutrition de l’enfant et les marqueurs nutritionnels.
Son cheval de bataille a été la lutte contre les carences en iode et l’accompagnement des goitreux. Grande fut sa fierté lorsque le gouvernement togolais, par un arrêté du 3 mai 1996, interdisit la vente de sel non iodé sur le territoire national.
Professeur DOH Ananivi a également été le directeur de thèse de plusieurs générations de chercheurs et enseignants en biochimie et sciences de la vie en Afrique de l’Ouest.
Son parcours institutionnel fut très riche : Recteur par intérim de l’Université du Bénin, Directeur des Etudes et Programmes, Président de la Commission Nationale de Reconnaissance et d’Homologation des Diplômes, Grades, Titres et Certificats (CNRDGTC), Directeur du Centre de Recherche Alimentaire et Nutritionnelle (CRAN) de l’Organisation de Coordination et de Coopération pour la lutte contre les Grandes Endémies (OCCGE), sans compter ses fonctions à la Direction de la Bibliothèque et des Archives de l’Université de Lomé et à l’Office du Baccalauréat.
Son engagement pour l’éducation et l’enseignement lui ont valu des distinctions honorifiques importantes, dont les titres d’Officier des Palmes académiques et de Chevalier de l’Ordre du Mono.
Il est également à l’initiative de la création en Juillet 1990 de la Mutuelle des enseignants-chercheurs du Togo (MUTO), un fonds de solidarité et d’entraide à adhésion volontaire, qu’il présidera pendant dix-sept années.
En 1991 il créa l’Association Togolaise Groupe Nutrition (ATGN) pour informer et éduquer la population togolaise en matière d’alimentation et de nutrition.
Professeur DOH Ananivi fut admis à la retraite en 2003.
Né dans un foyer chrétien, il a été baptisé à Patatoukou en 1943 par le pasteur BOTSOE. Il confirmera plus tard l’alliance de son baptême à Lomé le 20 mai 1956 auprès du pasteur ADZOMADA.
Professeur DOH Ananivi était très attaché à sa famille. Il était marié, père de 7 enfants et avait 8 petits-enfants. Il a aimé sa famille — ses frères et sœurs, ses cousins et cousines, et toute leur descendance — sans limite ni distinction.
Za me do-o ! Tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir ! Cette maxime était si importante pour lui qu’il l’a faite graver sur le portail de sa maison.
Une maxime gravée dans la vie
Za me do-o !

Il répétait aux siens, sans jamais se lasser, que s’il devait tout perdre, tant qu'il lui resterait la vie, la santé et la force, il pourrait tout reconstruire — quel que soit son âge.
La solidarité, il l'a enseignée en actes autant qu'en mots : partager sa bonne fortune. Il disait que lorsque Dieu permet à quelqu'un de réussir, il devient à son tour un canal de bénédictions pour les autres. Si chacun de ceux qui parviennent à grimper dans l'arbre tend la main à son frère, qui à son tour en fait de même, une chaîne vertueuse se forme et c'est toute la famille qui finit par se retrouver dans l'arbre, à partager les bons fruits.
Sa santé a commencé à décliner avec l’âge et la maladie. Il a été entouré des soins de sa famille et des nombreux médecins et infirmiers qui ont eu à le soigner dont la plupart étaient ses anciens élèves.
La famille Doh, sensible à la gentillesse, l’écoute et au dévouement dont le corps médical a fait preuve à l’égard du défunt, tient à lui exprimer toute sa gratitude.
Professeur DOH Ananivi rendit son dernier souffle dans la soirée du 17 juillet 2026, trois semaines après son admission au CHU Sylvanus Olympio.
Qu’il repose en paix sur la terre de ses ancêtres !
